
Pour un produit à 100 euros, avec une TVA de 19,6%, le client déboursera désormais 101,33 euros (PHOTOPQR/SUD OUEST Amat Michel)
« La TVA sociale, ce mot n’a aucun sens, je ne l’ai jamais prononcé », a juré – à tort (1) – Nicolas Sarkozy, hier soir. Impopulaire déjà parce que très compliqué à décrypter, le concept qui n’ose dire son nom verra pourtant le jour au 1er octobre… pour peu que Nicolas Sarkozy soit réélu. Véritable serpent de mer de son quinquennat, cette mesure autrefois taboue reste un pari qui divise les économistes. Articulée autour d’une baisse des cotisations patronales, cette hausse de 1,6 % de la TVA est, selon le chef de l’État, la clef pour relancer la compétitivité des entreprises françaises.
1 L’impact sur les prix et la consommation

Bien que relativement modérée et ne concernant pas l’alimentation ni la santé, cette augmentation pèsera malgré tout sur le panier de la ménagère. Pour s’offrir un produit coûtant jusqu’alors 100 euros avec une TVA à 19,6 %, il lui en faudra désormais dépenser 101,33 € avec le taux relevé à 21,2 %. À supposer, bien sûr, que les industriels répercutent l’intégralité de cette hausse. « L’exemple de 1995, lorsque Alain Juppé avait ajouté deux points à la TVA, laisse penser que ce ne sera pas tout à fait le cas. Sans doute faut-il s’attendre à une augmentation des prix un peu moindre », prédit Denis Clerc, fondateur de la revue « Alternatives économiques ». « Quoi qu’il en soit, cela grèvera le pouvoir d’achat des ménages. » Pas un centime des 11 milliards d’euros que cette disposition rapportera à l’État ne devrait en revanche servir à renflouer ses caisses, Nicolas Sarkozy promettant hier d’alléger en retour les cotisations patronales de 13 milliards.
2 Les patrons devront d’abord jouer le jeu
C’est la grande incertitude. À défaut de multiplier les embauches en échange de cette baisse de charges, les patrons sont censés maîtriser les prix de leurs produits afin qu’ils redeviennent compétitifs, notamment à l’export. « Je ne crois en rien à leur augmentation », assure Nicolas Sarkozy. Une hypothèse vertueuse que l’épisode de la TVA réduite dans la restauration n’aide guère à rendre crédible. Beaucoup redoutent ainsi que les chefs d’entreprise n’en profitent d’abord pour consolider leurs marges. « Cela dépendra du secteur d’activité et de la taille de l’entreprise », prévient Edmond Kassapian, le PDG de Geneviève-Lethu, à l’origine de la relocalisation en France de sa production. « Pour cela, j’ai dû investir dans des machines qui coûtent des millions et ne nécessitent pas beaucoup de main-d’œuvre. Une diminution des cotisations de quelques euros ne va pas me permettre de baisser sensiblement les prix de mes couteaux, par exemple. Mais le vrai enjeu est ailleurs. Il s’agit, en fait, d’un protectionnisme déguisé qui aidera à la réindustrialisation de la France. »
3 Du protectionnisme déguisé ?
Tel est le rêve de Nicolas Sarkozy en augmentant la TVA sur la plupart des produits – et d’abord évidemment sur ceux d’importation – tout en baissant le coût du travail dans des entreprises françaises qui facturent leurs ventes à l’étranger sans cette taxe. « Au total, cela peut modifier la balance commerciale de 8 à 10 milliards d’euros en notre faveur », explique l’économiste Denis Clerc. « Ce n’est ni plus ni moins qu’une petite dévaluation à l’intérieur de la zone euro. Cela ne nous permettra pas de concurrencer les Chinois, mais le but est plutôt de rivaliser avec nos voisins européens, d’où proviennent, en valeur, 58 % de nos importations. ».
(1) Dans un communiqué de juin 2007, le président Sarkozy explique avoir confié à Jean-Louis Borloo « la mise à l’étude d’un mécanisme de TVA sociale ».









