PIP fournissait aussi l’Institut Bergonié

Le centre  Bergonié à Bordeaux, était approvisionné par PIP

Le centre Bergonié à Bordeaux, était approvisionné par PIP (ARCHIVES SO)

C’est presque une affaire dans l’affaire. Ou une sorte de double peine funeste pour environ 6 000 femmes au sujet desquelles on découvre que, soignées pour un cancer du sein, elles se sont retrouvées, au terme d’une chirurgie réparatrice, avec des implants mammaires venus de chez PIP.

En effet, comme l’a révélé « Le Figaro » hier sur son site, les centres de lutte contre le cancer de France ont bien utilisé des prothèses mammaires fournies par le fabricant varois PIP, aujourd’hui liquidé et au cœur d’un scandale planétaire. Président de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC) et directeur général de l’institut Bergonié de Bordeaux (centre régional de lutte contre le cancer), le professeur Josy Reiffers nous a confirmé l’information dès hier après-midi.

Des doutes dès 2008

 

Le chirurgien Christian Marinetti, président d’une clinique marseillaise de chirurgie esthétique, a affirmé hier avoir alerté par courriel dès 2008 l’Agence des produits de santé (Afssaps) après avoir constaté un taux anormal de ruptures des prothèses mammaires PIP.

Dans le même temps, la clinique a arrêté d’utiliser les implants mammaires de PIP, lui renvoyant le stock.

« Comme rien ne se passait, poursuit Christian Marinetti, j’ai téléphoné (à l’Afssaps). J’ai dit : "Nous avons un problème sévère, je tiens à votre disposition les implants rompus pour l’analyse du silicone. Nous voulons savoir ce que nous avons introduit dans le corps des patientes". »

« 2009 arrive […] j’envoie un recommandé en octobre au directeur de l’Afssaps, en lui demandant expressément de faire quelque chose. Est-ce que nous devons convoquer toutes les patientes, les surveiller les explanter d’office ? », demande-t-il. L’Agence a réagi en février 2010.

De 2008 à 2010

Comme 16 autres centres anticancer en France, l’Institut Bergonié avait bien PIP comme fournisseur d’implants mammaires. Tous les centres sont en fait approvisionnés par une centrale d’achats commune, qui avait sélectionné PIP, apparemment depuis un appel d’offres passé en 2008. Le marché avec l’entreprise varoise avait été rompu en mars 2010, « avant même que les autorités sanitaires aient émis les premières alertes, car il y avait des problèmes de fuite du gel », précise Josy Reiffers.

Selon lui, les produits PIP ont commencé à donner des signes de faiblesse assez rapidement. Fin 2009, les centres anticancer avaient signalé des suintements. Le fabricant en aurait été informé aussitôt, « mais il n’a pas apporté de réponse satisfaisante », poursuit le professeur Reiffers. Les autorités sanitaires françaises auraient également été saisies, à la même époque. C’est dans ce contexte que le marché avec PIP pour la fourniture d’implants mammaires aux centres régionaux de lutte contre le cancer a été suspendu, en mars 2010.

106 malades recontactées

Le mois suivant, en avril 2010, le centre anticancer de Bordeaux avait adressé un courrier à 106 patients ayant subi une implantation mammaire avec des prothèses PIP leur demandant de se faire connaître. Des examens avaient alors été pratiqués, débouchant sur l’explantation (le fait de retirer un implant) des prothèses pour 40 femmes soignées à Bergonié. « Les autres sont sous surveillance », précise Josy Reiffers. À ce jour, une cinquantaine de femmes doivent encore être suivies par l’institut pour une explantation de prothèses.

Hier soir, Josy Reiffers se voulait rassurant : « Les implants mammaires liés à une chirurgie dans le cadre d’un cancer du sein, c’est quelque chose de très minoritaire. Dans 80 % des cas, les implants sont liés à de la chirurgie esthétique. La chirurgie réparatrice ne représente que 20 % du total et, là-dessus, les centres anticancéreux représentent seulement la moitié de l’activité. De plus, nous n’avons eu recours aux prothèses PIP que sur une période courte, entre 2008 et 2010. Aujourd’hui nous travaillons avec d’autres produits dont le gel est contrôlé. »

PIP moins cher

Josy Reiffers ajoute que, à ce jour, aucun lien n’est établi entre le gel et un éventuel cancer. De fait, aucun cas de cancer lié à la rupture d’un implant n’a été constaté. Il y aurait ainsi 20 cas de cancer en France chez des femmes porteuses de prothèses PIP, sans qu’un lien de causalité puisse être établi. Enfin, la FNCLCC étudie la possibilité de se constituer partie civile dans le cadre de l’affaire PIP.

Hier soir, le médecin bordelais Dominique-Michel Courtois, expert de l’association PPP (1 400 femmes), qui a déposé plainte au TGI de Marseille contre PIP, et membre du comité de suivi monté par le ministère de la Santé, ne se déclarait pas surpris :

« Je savais que les centres anticancéreux avaient été approvisionnés par PIP, ce qui était logique. Ces produits étaient peut-être moins chers que les autres. On estime que 6 000 femmes ont eu de la chirurgie réparatrice avec PIP. Ce qui est plus inquiétant, c’est la logistique hospitalière qu’il va falloir mettre en place pour traiter les 27 000 femmes porteuses de prothèses avant fin 2012. Cela ne va pas être facile, mais il faut absolument le faire avec ce que l’on sait sur la composition du gel, qui est très irritant et peut se diffuser dans les tissus. Je sors [NDLR : hier soir] d’une réunion du comité de suivi [lire ci-dessous], et le doute n’est plus possible : il faut enlever toutes les prothèses. »

Mas reconnaît la falsification, mais nie le risque pour la santé

Jean-Claude Mas, fondateur de la société de prothèses mammaires PIP, a assumé devant les enquêteurs, sans aucun regret apparent, avoir produit un gel de silicone non homologué, issu d’une formule de sa production et dissimulé à l’organisme certificateur.

« Je le savais que ce gel n’était pas homologué, mais je l’ai sciemment fait car le gel PIP était moins cher, et rapport qualité-prix c’était moins cher et de bien meilleure qualité », a expliqué M. Mas en octobre aux gendarmes marseillais, selon un PV de garde à vue consulté par l’AFP et dont les extraits ont été révélés hier soir.

« Je l’ai toujours su », dit-il encore quand on lui fait remarquer que ces produits n’étaient pas conformes à la norme. Le fondateur de PIP explique que « dès 1993 », soit deux ans seulement après la création de la société, il « donne l’ordre de dissimuler la vérité » à l’organisme certificateur allemand TÜV, des années avant la mise sur le marché des implants aujourd’hui incriminés.

« C’était de la routine, je donne l’ordre de dissimuler tous documents ayant trait au gel PIP non homologué, et concernant les containers, les employés se débrouillaient pour les faire disparaître », explique-t-il. PIP avise TÜV des modifications de packaging par exemple. Mais pas de celles concernant le gel « car il n’est pas concerné, vu qu’il n’existe pas : il n’a pas une existence légale ».

Ce gel PIP ? « Une base de formulation du docteur Arion (chirurgien varois que M. Mas rencontre dans les années 80, NDLR), que j’ai améliorée en changeant les températures, les pourcentages (de produits introduits), afin de rendre le produit plus cohésif. » Une formule non brevetée, « car ça ne sert à rien », ajoute M. Mas.

Pour lui, ses prothèses ne présentent « aucun risque pour la santé ». Quant aux victimes, « il s’agit de personnes fragiles ou de personnes qui font ça que pour le fric », commente-t-il.

Hollande charge le FN et Sarkozy

Francois Hollande, France's Socialist Party (PS) candidate for the 2012 French presidential election delivers a speech during a campaign meeting on January 07, 2012 in Tulle, southwestern France. AFP PHOTO JEAN-PIERRE MULLERFRANCE2012-ELECTION-PS-HOLLANDE

Francois Hollande, France’s Socialist Party (PS) candidate for the 2012 French presidential election delivers a speech during a campaign meeting on January 07, 2012 in Tulle, southwestern France. AFP PHOTO JEAN-PIERRE MULLERFRANCE2012-ELECTION-PS-HOLLANDE (AFP JEAN-PIERRE MULLER)

François Hollande, candidat PS à la présidentielle, a exprimé, hier soir à Tulle, l’espoir de « reprendre le fil du changement » et lancé une charge contre le Front national, « ennemi de la République » et le « quinquennat de la dette » de Nicolas Sarkozy.

Très applaudi par un millier de militants, le candidat a ainsi évoqué ces Français « qui se replient sur eux-mêmes, s’abandonnent dans des réflexes qui ne sont pas toujours des plus généreux, se résignent, regardent vers les extrêmes ». Il a ainsi chargé le Front national qui, à ses yeux, « a vu le bénéfice qu’il pouvait tirer des malheurs de l’inquiétude et de l’angoisse. Dans cette campagne, n’oublions jamais cet adversaire-là, cet ennemi de la République qui essaie de se mettre un autre visage avec le même nom, les mêmes conceptions, les mêmes exclusives, avec les mêmes stigmatisations. »

Évoquant le président de la République, le candidat socialiste a ensuite lancé que « le quinquennat de Nicolas Sarkozy devait être le quinquennat de la rupture, c’est le quinquennat de la dette », ironisant sur « le candidat sortant pris d’une sorte de frénésie, d’une fuite en avant » ces derniers jours.

« Notre devoir aujourd’hui n’est pas simplement de tourner la page d’un quinquennat qui a épuisé la France, […] notre responsabilité, la mienne, est d’écrire une nouvelle page », a-t-il conclu.

Ces consommateurs qui ne connaissent pas la crise

Ces consommateurs qui ne connaissent pas la crise

La crise ? Quelle crise ? Du moins cela dépend pour qui. On nous dit que la consommation française des ménages fait du surplace, que le pouvoir d’achat est en berne, que les prix flambent… Pendant ce temps, 87 millions de transactions par carte bancaire ont été réalisées en cette période de Noël, soit 8 % d’augmentation par rapport à 2010.

Alors, champagne ! Sans taper dans le midas de 30 litres d’Armand de Brignac vendu 139 600 euros le 26 juin dernier, les ventes de bulles en flûte ont résisté à la morosité. Mieux, elles ont connu une progression estimée à 3,5 % en 2011. Le chiffre d’affaires du secteur devrait titiller le record de 2007, juste avant la crise, de 4,4 milliards d’euros.

Après avoir porté ce toast, passons un coup de fil. Le jour de Noël, ce sont 6,8 millions de nouveaux iPhone et Android qui se sont mis à briller de par le monde. Les smartphones ont connu un bond à la vente de 140 % par rapport à l’an dernier à la même époque.

En France, rien qu’en décembre, Orange a vendu 150 000 iPhone 4S. Que le forfait soit coûteux (199 euros minimum chez Orange) n’a pas découragé les fans d’Apple.

Quant aux tablettes Kindle Fire (liseuses de livres électroniques), elles sont parties comme des petits pains à 100 euros l’unité, Amazon annonçant plus de 1 million de ventes par semaine. Ainsi équipés, il est grand temps de voir tomber la neige. Son arrivée tardive n’a pas empêché la majorité des 250 stations de ski françaises de faire le plein. Les durées de séjour ont été raccourcies, mais les mordus de glisse se comptent par millions.

7 millions de personnes sont attendues sur les pistes cette saison, soit 7 % des 17 % de touristes en partance. Panier moyen d’une journée au ski : 63 euros. Pour ceux qui optent pour une semaine de vacances à la neige, les tarifs s’échelonnent entre 1 320 euros et 2 300 euros.

Insolente santé du luxe

Autre indicateur de ces consommateurs qui ne connaissent pas la crise ou tentent de l’oublier : les entrées dans les salles de cinéma. 215 millions de spectateurs ont fréquenté les salles obscures, soit le plus beau résultat depuis 1967 (234 millions d’entrées). Prix d’une place plein tarif : 8,90 € + 1,50 € pour un film en 3D.

Dans le secteur du luxe, la santé affichée est décidément insolente. Le géant français LVMH (Louis Vuitton, Guerlain, Givenchy, Moët et Chandon…) a vu ses ventes augmenter de 17,6 %, pour atteindre 6,1 milliards d’euros.

Par ailleurs, le marché de la voiture haut de gamme a progressé de 9,9 %. Il s’en est vendu 159 000 entre janvier et octobre 2011.

Pendant ce temps, le prix des produits de consommation courante a explosé en dix ans. La baguette est passée de 0,67 à 0,85 €, et le litre de gazole de 0,75 à 1,39 €. Ce sont ces dépenses-là qui font leplus mal au portefeuille.

Jacky Sanudo

Présidentielle : l’écart se resserre entre Hollande et Sarkozy

François Hollande et Nicolas Sarkozy

François Hollande et Nicolas Sarkozy (AFP PHILIPPE WOJAZER)

L’écart se resserre entre François Hollande qui arriverait en tête du premier tour de la présidentielle avec 28% d’intentions de vote (+0,5%) et Nicolas Sarkozy (26%, +2) ainsi qu’entre Marine Le Pen (19%, -1) et François Bayrou (12%, +1) si l’élection avait lieu dimanche prochain, selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche.

Dans cette étude, la première de l’année, au second tour, l’écart se resserre également entre le candidat socialiste et le président sortant. François Hollande recueillerait 54% des intentions de vote, en baisse de 2 points par rapport à l’enquête précédente du 13-15 décembre, face à Nicolas Sarkozy (46%, +2).

Pour le premier tour, le classement des quatre premiers reste inchangé par rapport à la mi-décembre. Mais quand François Hollande gagne 0,5 point à 28%, Nicolas Sarkozy progresse de deux points à 26%.

Marine Le Pen demeure 3e avec 19% des intentions de vote, en baisse d’un point, tandis que François Bayrou (MoDem) recueillerait 12% des intentions de vote (+1).

Viennent ensuite le candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon (6%, -0,5), celle d’Europe Ecologie-Les Verts Eva Joly (3%, -2), Dominique de Villepin (2,5%, -1) et le président du Nouveau centre Hervé Morin (1%, +0,5).

Avec le même score de 0,5% arrivent Nathalie Arthaud (LO, +0,5), Philippe Poutou (NPA, +0,5), Corinne Lepage (Cap21, +0,5), Christine Boutin (MDC, +0,5) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République, inchangé).

Jean-Pierre Chevènement (MRC) n’est crédité d’aucune intention de vote (-0,5).  

Taxe Tobin : Matignon tient bon, les financiers grognent

L’association Paris Europlace, qui représente l’ensemble des acteurs de la finance française, a jugé que, si la taxe sur les transactions financières n’était pas européenne mais hexagonale, « elle affaiblirait l’économie française. […] Et qu’elle entraînerait inéluctablement une délocalisation des activités concernées des banques, sociétés d’assurances et de gestion au profit des grandes places financières mondiales, et réduirait en conséquence la maîtrise des conditions de financement de notre économie et le rôle de Paris dans l’économie européenne et mondiale ».

Montebourg la votera

Le gouvernement a immédiatement réagi par la voix du secrétaire d’état au Logement, Benoist Apparu, qui a précisé que « ce n’est pas parce que les financiers disent ” non on ne veut pas être taxés ” qu’on va les écouter ». Celui-ci a d’ailleurs assuré qu’un texte financier serait présenté en Conseil des ministres « probablement en février ».

Pensée en 1972 par l’économiste américain James Tobin, portée par les milieux altermondialistes et Attac – le député PS de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg, a ainsi affirmé, hier, qu’il la voterait, en s’en félicitant -, la taxe contestée a fait un long chemin avant d’être reprise par le président Sarkozy, la chancelière allemande Merkel et la Commission européenne. Cependant jusqu’ici le président français avait toujours repoussé l’idée d’une mise en place uniquement en France.

Partenaires européens agacés

Vendredi, Nicolas Sarkozy a ainsi suscité l’agacement de ses partenaires européens en déclarant que la France n’attendrait pas qu’ils trouvent un consensus pour mettre en œuvre la taxe en France.

Berlin a ainsi sèchement rappelé que sa position était « inchangée ». « Le but est d’aboutir à l’instauration d’une taxe sur les transactions financières dans l’Union », a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand.

La Commission européenne a elle-même rappelé la nécessité d’une « approche cohérente » entre les pays européens, en vue d’obtenir des « résultats efficaces ».

Hier, le Premier ministre britannique, David Cameron, est allé encore plus loin, réaffirmant son opposition à toute taxe… à moins qu’elle ne soit décidée au niveau mondial.

Nicolas Sarkozy doit rencontrer aujourd’hui à Berlin la chancelière allemande pour harmoniser leurs positions avant un sommet européen à la fin du mois.

« 100 jours pour répondre »

Jacques Attali : « Les électeurs doivent exiger des réponses sur ces questions clés. »

Jacques Attali : « Les électeurs doivent exiger des réponses sur ces questions clés. » (Photo J. Muguet/IP3)

Votre nouveau livre apostrophe les candidats à la présidentielle, mais s’adresse surtout aux électeurs…

Jacques Attali. Oui, car nous sommes tous complices – électeurs, journalistes, candidats aux élections – de la politique de l’autruche qui consiste à éviter de parler des vraies questions. La défense, l’école, la fiscalité, les addictions, la manière de gouverner, ces questions sont difficiles, mais c’est d’elles que dépend l’avenir du pays.

En vous lisant, on découvre, en 153 questions clés qui posent les faits et décrivent les options possibles, un véritable « état de la France »…

Dans l’exercice de pédagogie démocratique que je propose, il est essentiel de s’entendre sur les faits. Les établir demande un investissement intellectuel, et je m’attends à ce que le constat soit discuté. Mais c’est la seule façon de permettre aux électeurs d’avoir un avis et en tout cas d’exiger des candidats qu’ils répondent de façon circonstanciée à ces questions.

La première – comment s’en étonner ? – porte sur la situation financière du pays. Quels sont les faits ?

Ils sont déterminants. J’établis que, si nous suivons la trajectoire actuelle, la France sera en faillite en 2015. Plus précisément, la France sera discréditée par les marchés dans trois ans. Outre la difficulté de trouver de l’argent en raison de taux d’intérêt élevés, cela fragilisera la possibilité pour le pays de construire quoi que ce soit de solide en Europe.

Autrement dit, le président élu en mai 2012 n’aura pas le choix…

Si, bien sûr. Car l’option consistant à ne pas restaurer les finances publiques est une position politique respectable en soi. Mais il faut en assumer les conséquences : sortie de l’euro, fermeture des frontières, récession, déclin. Si elles ne veulent pas de cette France-là, la droite et la gauche sont face à la même contrainte : aucune option n’existe avec des dépenses sans recettes correspondantes. Quels que soient les choix, ils se feront à budget constant ou à budget déclinant.

Vu sa situation financière, la France peut-elle encore rester une puissance majeure ou doit-elle se résigner à n’être qu’une puissance moyenne ?

Elle a les moyens de rester un acteur clé de la scène internationale. Elle garde une armée très forte et peut rester, même à budget constant, une grande puissance militaire. Mais cela suppose un débat stratégique. Or, ni la primaire socialiste ni le début de campagne n’ont mentionné le mot « défense », pourtant principale compétence du président de la République. L’absence de débat est d’autant plus préjudiciable que nous avons pris du retard : si on avait parlé défense durant la campagne de 2007, on aurait sans doute moins de Rafale et plus de drones, ces avions sans pilote dont l’absence dans notre panoplie est une immense erreur et une immense faiblesse, fruit d’un choix qui n’a pas été discuté.

Mais la discussion est engagée…

Oui, elle a enfin lieu mais, si elle avait été menée il y a cinq ans, nous aurions eu plus de moyens d’avoir sur le sujet une indépendance. Si la France veut rester influente, elle doit refaire très vite son livre blanc sur la défense. C’est aussi durant le prochain mandat, peu de gens le savent, que le président doit décider de bâtir ou non de nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] : si la décision n’est pas prise à temps, les actuels SNLE n’auront pas de remplaçants en 2030.

De « vraies questions » sont pourtant discutées, par exemple le nucléaire civil…

C’est vrai et je m’en réjouis, mais on parle surtout de sujets qui ne sont pas de la compétence du président, comme la TVA sociale, qui est du ressort du Parlement. Pendant ce temps, on élude une question à mes yeux essentielle : la façon de gouverner.

Il s’agit moins des alliances que de dire aux électeurs qui va conseiller le président, quel genre de réunions on va organiser, comment on va s’y prendre pour que les décisions prises soient appliquées. Aurons-nous un président qui fait des annonces ou un président qui vérifie tous les six mois l’application des décisions ? Et, dans ce cas, il faut dire comment : quel tableau de bord ? Quels instruments de vérification ? Si personne ne pose ces questions, on restera dans la mythomanie politique où l’on croit que les choses se font alors qu’elles ne se font pas.

Vous qui avez travaillé pour François Mitterrand et remis deux rapports à Nicolas Sarkozy, récusez-vous le clivage gauche-droite ?

Non, mais cette grille de lecture ne suffit pas pour répondre sur la façon de gouverner ou sur les questions de mœurs. D’ailleurs, la commission que j’ai présidée à la demande de Nicolas Sarkozy abritait des gens des deux bords, et nous avons réussi, en toute liberté, à rendre un rapport unanime.

Ce travail m’a beaucoup aidé, mais avouons qu’il était bizarre de voir un président demander un programme à une commission alors qu’il était censé avoir été élu en en ayant un.

N’est-on pas tenté de surestimer le pouvoir d’influence et de décision réel d’un président ?

Sa marge de manœuvre est bien plus faible qu’elle ne l’était encore du temps de François Mitterrand. La décentralisation, la chute de l’URSS, la création de l’euro ont beaucoup réduit le pouvoir présidentiel. Il n’empêche que, sur les 150 sujets dont je parle, le président et le Parlement auront leur mot à dire. Selon la façon dont ils répondront et gouverneront, nous aurons une France totalement autre.

Même sur des sujets comme le chômage ou la protection sociale ?

Le chômage ne dépend pas que de nous, mais on voit que des pays comparables peuvent avoir de meilleurs résultats en usant de méthodes différentes. Deux sont à développer : la création d’entreprise et la formation des chômeurs.

La montée des dépenses de santé ? On peut la voir comme une catastrophe ou s’en réjouir, mais le déficit est d’abord le fait du budget abyssal d’un État en surendettement.

N’est-ce pas surtout d’une vision que manque le pays ?

Si. Le débat politique doit sortir des questions de personnes et d’anecdotes. Il reste cent jours pour poser les bonnes questions. La France est puissante, sa population, très bien formée, rêve de vivre ensemble et au pays. Elle ne doit pas baisser les bras mais savoir aller chercher les talents. Alors elle continuera de compter au XXIe siècle.

Un homme opéré d’une tumeur de 90 kilos à la jambe droite

PHOTO D'ILLUSTRATION SO

PHOTO D’ILLUSTRATION SO

Attention, la photo ci-dessous peut impressionner les personnes sensibles.

L’opération, réalisée par le professeur McKay McKinnon avec l’aide de huit médecins et assistants vietnamiens, devait durer entre 8 et 10 heures, a précisé le communiqué de l’hôpital F-V.

"Il s’agit d’une opération chirurgicale difficile, qui comporte des risques importants y compris sur le pronostic vital. Les chances de réussite ne sont que d’environ 50%", a toutefois estimé le directeur de l’hôpital, le Dr Gérard Desvignes.

La tumeur de Nguyen Duy Hai, 31 ans, originaire de la province de Lam Dong dans les Hauts-Plateaux du centre du pays, s’est développée depuis qu’il est âgé de quatre ans, envahissant littéralement sa jambe droite.

AFP PHOTO / FV hospital

Malgré une première opération il y a 14 ans, la tumeur, bien que bénigne, n’a cessé de croître pour atteindre un mètre de diamètre et peser 90 kilos, empêchant totalement ses déplacements.

L’opération coûte 12.000 dollars mais sera intégralement couverte par des soutiens locaux, selon l’hôpital.
 

Soldes d’hiver : des prix intéressants dès l’ouverture

50, 60, 70 et même 80 % : les magasins ont aguiché les clients avec des réductions importantes, dès les premiers jours, à Bayonne.

50, 60, 70 et même 80 % : les magasins ont aguiché les clients avec des réductions importantes, dès les premiers jours, à Bayonne. (Photo Jean-Daniel Chopin)

Les soldes d’hiver commencent mercredi dans l’essentiel de l’Hexagone, à l’exception des départements proches des frontières, où ils ont déjà démarré. A priori, dans une bonne partie des boutiques et des magasins, les clients devraient avoir du grain à moudre. Car, du fait d’un mauvais second semestre 2011, la plupart des détaillants ne semblent pas vraiment menacés par le manque de stocks. Pour beaucoup d’entre eux, c’est même plutôt le contraire.

Les données, fournies entre autres par l’Institut français de la mode, sont sans ambiguïté : à la fin novembre, depuis le début de l’année, les ventes de prêt-à-porter avaient reculé de 3,2 % par rapport aux onze mêmes mois de 2010.

La faute à la météo

En fait, après un premier semestre relativement correct, c’est à la suite des soldes d’été que la situation s’est sensiblement dégradée. Toujours selon l’Institut français de la mode, les ventes d’octobre et de novembre ont été catastrophiques, avec des baisses de chiffre d’affaires de 7 à 9 %, s’accompagnant d’une légère érosion du prix moyen des articles. Une dégringolade sans précédent depuis 1993, si l’on en croit Pierre Morvan, président de la Fédération nationale de l’habillement, qui fédère des détaillants multimarques, contrôlant quelque 40 000 boutiques et employant environ 90 000 personnes.

Ce recul, plus sensible dans les secteurs femme et enfant « que pour les rayons homme », s’explique dans une large mesure par des considérations climatiques : les mois d’octobre et de novembre ont été particulièrement doux. « Avec des températures estivales, les clients ne se précipitent pas sur les parkas et les doudounes, pas plus que sur les accessoires comme les écharpes », souligne Hervé Castelle, patron du magasin Au Grand Quartier.

Dans ces conditions, même les professionnels qui ne se plaignent globalement pas de l’année 2011 ont connu un automne plutôt morose. « L’année a été correcte, mais le mois de novembre compliqué », reconnaît Laurent Caillet, PDG de la firme de prêt-à-porter girondine DDP. « On a fait une belle saison d’été, notamment grâce au tourisme », relate Pierre Michard, patron du grand magasin de chaussures bordelais Michard Ardillier. « Mais ça a été moins bon après, même si on a limité les dégâts. »

Aussi importante soit-elle, la météo ne suffit peut-être pas pour autant à expliquer totalement le marasme qui touche une bonne partie de la filière. Car la baisse brutale des ventes enregistrée en octobre et novembre s’inscrit dans un contexte de long terme. Toujours selon l’Institut de la mode, 2011 devrait être la quatrième année d’affilée de recul des ventes de textile-habillement après les chutes marquées de 2008 (- 3 %), 2009 (- 3,5 %), et celle plus mesurée de 2010 (- 0,8 %).

Prêt-à-porter sacrifié

Pour Pierre Morvan, président de la Fédération nationale de l’habillement, la filière fait ainsi les frais, non seulement de la crise, mais aussi d’arbitrages en sa défaveur des consommateurs. Selon lui, beaucoup de ménages ont tendance à sacrifier partiellement le prêt-à-porter avant de rogner sur les dépenses de loisirs, ou sur les abonnements (audiovisuels, communication, etc.). « Des personnes qui faisaient 10 achats de prêt-à-porter n’en font plus aujourd’hui », avance-t-il. « Et si le luxe est épargné par cette évolution, ces changements de comportement se constatent entre autres dans des catégories de revenus moyennes-hautes. »

Dans ces conditions, la tâche des détaillants est d’autant plus compliquée que, comme le souligne Hervé Castelle (Au Grand Quartier, à Bordeaux), une bonne partie des articles se fabriquent dans des pays lointains, voire très lointains, et il faut passer des commandes plusieurs semaines, voire plusieurs mois à l’avance, sans savoir avec certitude ce qui séduira. « Pour l’habillement classique homme, c’est un peu plus facile », dit-il. « Une veste à chevrons restera toujours une veste à chevrons. Mais pour la femme, c’est beaucoup moins évident. »

Consommateur frileux

Les soldes doivent donc permettre d’écouler en principe l’essentiel de ce que la météo, la frilosité du consommateur et son imprévisibilité n’ont pas permis de vendre jusqu’ici. En principe, pour le consommateur comme pour le détaillant, les choses se jouent dans les dix premiers jours, voire dans les quatre premiers. On devrait donc savoir dès la semaine prochaine si les soldes ont permis d’effacer au moins partiellement les effets d’une triste saison.

François Hollande à Jarnac (16) : que Mitterrand ne soit pas “le seul président socialiste”

François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)|| Tadeusz KLUBA (Tadeusz KLUBA)1 sur 8François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)|| Tadeusz KLUBA (Tadeusz KLUBA)2 sur 8François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)|| Tadeusz KLUBA (Tadeusz KLUBA)3 sur 8François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)|| Tadeusz KLUBA (Tadeusz KLUBA)4 sur 8François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)|| Tadeusz KLUBA (Tadeusz KLUBA)5 sur 8François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)|| AFP PIERRE ANDRIEU (AFP PIERRE ANDRIEU)6 sur 8François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)|| AFP PIERRE ANDRIEU (AFP PIERRE ANDRIEU)7 sur 8François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16)|| AFP PIERRE ANDRIEU (AFP PIERRE ANDRIEU)8 sur 8François Hollande a rendu hommage à François Mitterrand ce dimanche à Jarnac (16) 

François Hollande, candidat PS à la présidentielle, s’est rendu dimanche sur la tombe de François Mitterrand à Jarnac (Charente). 

"Evoquer la mémoire de François Mitterrand en ce début d’année 2012, c’est bien sûr regarder le message qu’il a pu laisser, la trace qu’il a fixée et en même temps ne pas laisser François Mitterrand être le seul président socialiste de la Ve République", a-t-il dit à la presse après avoir déposé une gerbe devant le caveau du président décédé le 8 janvier 1995, notamment en présence de Mazarine Pingeot et de Gilbert Mitterrand, ses enfants, de Jack Lang, Elisabeth Guigou, Harlem Désir, et Hubert Védrine. (Voir les images de la cérémonie, via i-Télé ici)

Lors d’un déjeuner dans la salle des fêtes, il a ensuite salué "l’opposant tenace", le "dirigeant clairvoyant", "le chef d’Etat respecté", "l’européen volontaire" et "l’homme de culture", avant de souligner: "chacun a son idée de François Mitterrand, ça tombe bien car l’homme était multiple".

"L’histoire de notre pays ne progresse ni par la brutalité stérile, ni par la résignation mortifère, mais par le mouvement", a-t-il lancé, visant le président Nicolas Sarkozy.

"Mitterrand a réconcilié la nation avec elle-même", a souligné M. Hollande qui a formé un "voeu", celui que "la France retrouve ce sens d’un destin commun, qu’elle sache rompre avec cette logique destructrice qui consiste à diviser, à morceler".

"La France est à tous ceux qui l’aiment. Ce qui nous réunit est plus puissant que ce qui nous divise", a-t-il dit encore.
 

« Plus la crise s’aggravera, plus les choix risquent de changer »

Alain Mergier : « L'attrait pour le Front national gagne aujourd'hui les classes moyennes, mais sa limite est la peur de la violence sociale que Marine Le Pen pourrait engendrer ».

Alain Mergier : « L’attrait pour le Front national gagne aujourd’hui les classes moyennes, mais sa limite est la peur de la violence sociale que Marine Le Pen pourrait engendrer ». (photo afp)

« Sud Ouest Dimanche ». La virulence caractérise le début de la confrontation entre Sarkozy et Hollande. Que faut-il en penser ?

Alain Mergier. On est clairement en campagne, même s’il s’agit de la précampagne qui est un moment important. Comme dans une partie d’échecs, on ouvre le jeu, on place ses pions, chacun prend position. Il faut faire attention car, quand un mauvais pli est pris, c’est compliqué de le défaire.

Ce fut le cas avec le commentaire de Jospin sur l’âge de Chirac.

Le « sale mec » prêté à Hollande à propos de Sarkozy est-il un mauvais pli ?

Non, cela reste anecdotique et est un peu superficiel. En outre, l’antisarkozysme est une réalité dans le pays, le mot prêté à Hollande, quelque part, est partagé par les Français, presque 60 %, allergiques au président actuel. Le propos de Jospin sur Chirac, ressenti comme un manque de respect, était plus grave.

Comment les milieux populaires sur lesquels vous travaillez réagissent-ils aux invectives des politiques ?

Les milieux populaires sont aujourd’hui dans l’angoisse du lendemain. Toutes les études sociologiques d’opinion révèlent un degré d’inquiétude jamais atteint. Les gens se sentent menacés, au bord du gouffre, vivent souvent dans des banlieues et des quartiers où ils pointent les populations immigrées qui ne s’intègrent pas et l’insécurité, ils craignent pour la France, se demandent si son modèle social va durer.

Voir les politiques se chamailler accentue la perte de confiance et de considération qu’ils ont pour eux : ils savent que cela ne passe pas par là, les milieux populaires croient à la politique s’ils ne croient pas aux politiques. Celle qui le comprend, c’est Marine Le Pen.

Précisément, quel peut être son poids électoral au mois de mai ?

Cette élection présidentielle est en prise avec une situation exceptionnelle. Il existe une grande incertitude, personne ne sait ce qui va se passer dans quinze jours, dans un mois, dans deux mois, dans quatre mois. Quels seront les événements qui se produiront en Europe et dans le monde ? Quels seront les effets sur les Français ?

Marine Le Pen n’est pas entrée encore en campagne car son intérêt est d’attendre. Si la crise s’aggrave et les difficultés des Français avec, elle saura exploiter et capter le désarroi de l’électorat populaire et des classes moyennes.

Si elle ne commet pas d’erreurs politiques, elle a un espace de développement. Elle pourrait faire reculer l’abstention car, s’il y a accélération de la dégradation économique, la peur et l’urgence mobiliseront, les gens iront voter, elle peut en profiter.

Mélenchon peut-il contrer l’influence de Marine Le Pen ?

Les milieux populaires ne se reconnaissent que partiellement dans le discours de Mélenchon qui ne renvoie pas à la vision de leur propre situation. L’économique, bien sûr, est important pour des Français confrontés à la baisse de leur pouvoir d’achat et qui sont à 50 euros près à la fin du mois quand ils ne sont pas des chômeurs. Cette préoccupation est relayée par Mélenchon.

En revanche le Front de gauche n’évoque ni l’immigration, ni l’insécurité, ni l’expérience très négative que les couches populaires disent vivre au quotidien.

Le sentiment de ces Français-là est qu’ils ne retrouvent pas la reconnaissance de leur vécu dans le discours de gauche, celui de Mélenchon comme celui de Hollande.

En revanche, Marine Le Pen, elle, y est, d’où le réflexe, pour beaucoup, et la tentation, pour d’autres, de se détourner des partis majoritaires et de se dire « pourquoi ne pas l’essayer, elle ». Cet attrait pour le Front national gagne aujourd’hui les classes moyennes, mais sa limite est la peur de la violence sociale que Marine Le Pen pourrait engendrer.

Votre travail dans les milieux populaires vous a amené à développer votre point de vue sur l’insécurité telle qu’elle est ressentie. Pouvez-vous préciser ?

Trois expériences la caractérisent : l’insécurité physique avec les problèmes de voisinage et ceux de violences à l’école ; l’insécurité économique avec la dégringolade du pouvoir d’achat et le chômage, l’insécurité identitaire avec l’avenir de la France, son système et ses valeurs.

Les sondages ne sont pas bons pour Sarkozy, l’allergie des Français à sa personne demeure. A-t-il perdu ?

Il faut être prudent avec les sondages. Rien n’est joué, le terrain n’est pas ferme, tout peut bouger radicalement selon les événements. Plus la crise s’aggravera, plus les choix risquent de changer.

On ne voit pas très clair en Hollande. Des électeurs peuvent, au dernier moment, penser qu’il est plus dangereux d’essayer quelqu’un qu’on ne connaît pas, qui est sympathique et gentil, mais dont on ignore la façon d’être et de gouverner, que quelqu’un qu’on n’aime pas, mais dont on sait comment il fonctionne et agit.

Dans l’hypothèse d’une crise amplifiée d’ici à mai prochain, si Sarkozy arrive à démontrer qu’il n’est pas responsable de la crise mais qu’il est capable d’y faire face, il peut s’en sortir. L’orientation politique du PS et de Hollande peut le servir. Les milieux populaires ont l’image de la gauche généreuse mais dépensière. Voter pour elle pourrait être ressenti comme une inconscience.

Encore une fois, donc, les choses ne sont pas du tout jouées. La prochaine présidentielle est celle de tous les scénarios possibles.

C’est-à-dire ?

Sarkozy peut être emporté par les événements comme il peut arracher les quelques points lui permettant de rebondir. Ce qui est indéchiffrable, c’est la gravité de la situation économique d’ici à trois mois.

Les scores ne seront pas si éloignés que cela au premier tour entre Sarkozy, Hollande et Marine Le Pen qui a la possibilité d’être très haut. C’est pourquoi on peut avoir un second tour à l’envers de celui de 2002, comme on peut avoir la réplique de 2002 sans exclure le face-à-face Sarkozy-Hollande.

Il existe une grande indécision. Elle ne va pas se résoudre comme cela et, c’est une certitude, le vote des milieux populaires sera déterminant. La France oubliée, la France déclassée, fera basculer l’élection dans un sens ou dans un autre.