
Des pluies verglaçantes étaient attendues cette nuit, à l’ouest, et une fine couche de neige pourrait s’être invitée à l’Est. (Le Lievre Nicolas)
Pour Fatima (1), 40 ans, le recours aux implants mammaires était capital pour retrouver sa féminité. Pour Raymonde, 75 ans, il s’agissait là d’effacer les ravages d’un cancer du sein droit, diagnostiqué il y a six ans, d’oublier la maladie… Et voilà qu’il faut tout recommencer.
Depuis plusieurs années, toutes deux vivent avec, sous leur corsage remodelé, des implants dont on a tout dit sur le silicone qui les compose : qu’il contenait des additifs industriels, utilisés dans l’isolation électrique, le gazole ou encore des tubes en caoutchouc. Quelle que soit leur composition, ces fameux implants PIP (poly implant prothese) seront ce soir histoire ancienne pour les deux patientes d’Hugues Geoffrion, gynécologue obstétricien de la Clinique des Landes, à Mont-de-Marsan. Aujourd’hui, le praticien procède à l’explantation de leurs prothèses, conformément aux recommandations de retrait préventif du ministère de la Santé français (lire par ailleurs).

« Je vais enfin en être débarrassée », témoigne Raymonde, porteuse d’une prothèse PIP depuis cinq ans. Cette habitante de Saint-Sever tirera alors définitivement un trait sur les raisons qui l’ont amenée à subir une chirurgie mammaire : un cancer diagnostiqué quand elle n’avait pas encore 69 ans. C’est une opération organisée par la Ligue contre le cancer, préconisant des dépistages gratuits, qui lui a peut-être sauvé la vie. « J’avais fait ma mammographie un an avant et tout était normal. Quand je suis allée me faire dépister, ils ont trouvé un cancer. Je considère que j’ai gagné un an. »
Mais l’angoisse est revenue, depuis ce jour de juin 2011 où le scandale sanitaire gigantesque a éclaboussé le sulfureux Jean-Claude Mas, fondateur de la société PIP. « Je me suis dit : mince, j’en ai une, qu’est-ce que je dois faire ? Je n’avais pas d’irritation, pas d’inflammation… Et puis le docteur avait été très adroit : jamais, quelqu’un n’avait remarqué que j’avais une prothèse. C’était une réussite complète. Au début, j’ai donc laissé couler. Mais quand tous les jours, à la télé, vous entendez dire qu’il y a dedans de l’huile, du gazole, un peu de tout, vous finissez par vous inquiéter. »
Ne plus en entendre parler
Et puis, quand Raymonde voit Jean-Claude Mas, « ce monsieur arrogant parler à la télé, et profiter de la vie des gens », cela achève de la convaincre. Dès le mois de juin, avant même les préconisations de retrait du ministère de la Santé, elle opte pour l’explantation. « Mon dernier contrôle, en juin dernier, était très bon, mais je suis quand même revenue voir le docteur Geoffrion, qui m’a dit qu’il faudrait retirer l’implant. »
À la veille de son opération, Raymonde se sent bien sûr « un peu stressée. » « C’est normal, il y a toujours un peu d’anxiété. Mais dans sur le fond, je suis rassurée. J’aimerais quand même avoir un autre implant, mais si le docteur juge que ce n’est pas la peine, je me fierai à son jugement. Demain après-midi, ça ira mieux. Surtout, il me tarde de ne plus entendre parler de ça. »
Fatima, aussi, a « un peu le trac », dans la chambre de sa clinique, quelques heures avant son intervention. « Le docteur va travailler autrement, derrière le muscle, c’est ce qui me fait peur », confie-t-elle. Mais d’un autre côté, cette jeune femme habitant Tarbes aujourd’hui, ne se voyait pas rester plus longtemps avec ses deux prothèses PIP. Un bonnet C pour lequel elle a pourtant emprunté 3 000 euros en 2006, pour retrouver une féminité perdue au décès de son mari.
« Avant, j’avais un 95 B, j’avais une belle poitrine. Mais quand mon mari est mort, je ne me nourrissais plus : c’était cigarettes et café, pendant 6 à 7 mois. D’un coup, j’ai tout perdu. J’ai mis beaucoup de temps pour réfléchir avant de franchir le pas et de me faire opérer. Mais je ne me sentais plus femme, je ne m’aimais plus, j’avais du mal à me montrer. C’était mon image qui me posait problème, plus que le regard des autres. »
Si elle a retrouvé un décolleté avantageux, Fatima a perdu le sommeil, depuis le scandale. « C’est mon ami qui a entendu parler de tout ça à la télé, reprend la jeune femme. Au début, je n’écoutais pas trop les infos, mais après, je ne faisais que ça, du matin au soir. J’ai passé un Noël atroce. Depuis décembre, je ne dors plus, je me réveille à 3 heures du matin, mon ami non plus n’est pas bien. J’ai passé une IRM – je remercie le Bon Dieu, tout est normal – mais je veux être débarrassée au plus vite. Pour moi, c’est un fardeau : c’est ma santé qui est en jeu. »
(1) Les deux prénoms ont été modifiés.
« L’explantation des PIP, c’e st très sportif »
D’ici le mois de mars, 12 femmes porteuses de prothèses de marque PIP, opérées depuis 2006 à la Clinique des Landes – qu’il s’agisse de chirurgie réparatrice ou esthétique – seront débarrassées de ces implants fabriqués avec des enveloppes et des gels de silicone déclarés non conformes à la législation. « Elles ont toutes été contactées et toutes leurs interventions sont programmées, précise Hugues Geoffrion qui procède aux explantations préconisées par le ministère de la Santé français. La dernière intervention est programmée autour du 10 mars. Il faut savoir que nous assumons les patientes, d’où qu’elles viennent, même si elles n’ont pas été opérées chez nous la première fois. On fait partie des cliniques autorisées à pratiquer l’ablation des prothèses. »
Côté prise en charge, la Sécurité sociale joue le jeu dans les Landes : « Toutes les patientes ont été prises en charge sans être convoquées. Il suffit de fournir le numéro de la prothèse », précise le praticien. Deux cas de figure se présentent. Une femme à qui l’on a implanté une prothèse PIP dans le cadre d’une chirurgie réparatrice, après un cancer, verra pris en charge l’explantation, le séjour à la clinique et le remplacement de prothèse s’il est réalisé dans le même temps, et d’un seul côté. Le cas de la patiente opérée à des fins esthétiques est un peu différent : la Sécurité sociale prend en charge l’explantation, mais laisse à sa charge le coût d’éventuels nouveaux implants. C’est le cas pour Fatima.
Deux heures de travail
L’opération « est très sportive, dans le cas des PIP », reprend le docteur Geoffrion. Cela va bien au-delà d’un simple changement de prothèse où l’on se contente de faire une incision et de retirer l’implant. On a l’obligation notamment d’extraire toute partie qui a été touchée par la prothèse, et c’est plus compliqué. Il ne s’agit pas de percer nous-mêmes la prothèse et de mettre en contact avec un gel cancérigène une dame qui n’a rien demandé. S’il y a un risque infectieux, il faut laver avant de refermer : cela prend du temps : une explantation, c’est deux heures de travail. »
Beaucoup plus que lors d’une opération classique d’implantation de prothèses. Du coup, cette nouvelle charge de travail demande de l’organisation.
« En France, 35 000 personnes sont concernées. Or, il y a peut-être 200 à 300 plasticiens. Ça fait beaucoup d’interventions pour peu de chirurgiens. On pensait faire dans le bénévolat sauf que c’est très difficile, re prend le docteur. Un collègue à Grenoble a 650 prothèses à enlever : c’est le nombre d’opérations qu’il fait dans l’année. Or, on n’a pas de moyens particuliers pour le faire. » L’après opération se révèle lui aussi contraignant : l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) préconise de retirer la prothèse, de la laver. « Soit elle est intacte et on la conserve dans un bocal rigide et hermétique, identifié avec le nom de la patiente. Soit elle est rompue – on estime à 10 % le nombre de prothèses PIP rompues, NDLR – et on garde la prothèse d’un côté, et le gel de silicone de l’autre. Ensuite, on fait un prélèvement pour voir s’il y a eu des fuites. La coque est envoyée à l’analyse.
Restent enfin les formalités papier à accomplir : des déclarations nominatives à envoyer à l’Afssaps après chaque explantation, un double étant ajouté au dossier de la patiente. Patiente qui sera bien sûr suivie sur le long terme.
A.C.