
La Charente affiche 1,83 m2 de surface commerciale par habitant. (Photo archives Isabelle Louvier/ « Sud ouest »)
Bienvenu en Charente, son cognac, sa BD et ses zones commerciales. Ce pourrait être un nouveau slogan pour vendre le département. Car s’il est un secteur où la Charente peut gonfler ses muscles de championne, hors l’export de cognac, c’est bien en densité commerciale. Le fait n’est pas nouveau, mais la tendance s’amplifie alors que, démographiquement, le département stagne, vieillit, et que le salaire moyen n’y est pas connu pour atteindre des sommets.
Aujourd’hui, la Charente affiche 1,83 m2 de surface commerciale (1) par tête, contre 0,90 m2 en moyenne nationale. Au total, le département peut afficher 623 000 m3 dont 80 % de grandes surfaces, avec une prédominance des grandes surfaces spécialisées, et une forte concentration entre Touvre et Charente, a rappelé l’association Aspect (1), épaulée par la CCI d’Angoulême, lundi dernier, en préambule à son assemblée générale.

Les statistiques fournies ce jour-là, et que nous citons, proviennent de l’Insee et pour certaines des bilans de la Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC), systématiquement saisie dès que la demande (installation ou agrandissement) concerne un établissement qui dépasse les 1 000 m2. En dessous de cette taille, depuis 2008, nul besoin d’autorisation.
Passage au galop
Ce qui inquiète – le mot est faible – la CCI et les adhérents de l’association Aspect, c’est que la course aux mètres carrés ne s’arrête pas, on peut même observer un passage au galop ces dernières années.
Entre 2002 et 2008, 132 000 m2 supplémentaires de surface commerciale avaient été autorisés. Entre 2008 et 2010, plus de 54 000 m2 supplémentaires ont été autorisés par la CDAC, dont 42 000 m2 pour les seules années 2009-2010.
Et ce n’est pas terminé. « Si tous les projets se réalisent, on va passer à un ratio de 2,1 m2 par habitant», indiquait lundi Philippe Lhomme.
Cette projection tient compte de toutes les tranches de la zone des Montagnes Ouest (un total de 130 000 m2 de surfaces commerciales sur 35 ha), dont une tranche de 25 000 m2 (17 780 m² de surface de vente) a déjà reçu le feu vert de la CDAC, ainsi que le multiplexe CGR, qui se trouve dans une autre tranche. Pour comparaison, Champniers, aujourd’hui, représente 74 000 m2.
La projection englobe aussi la livraison, prévue à l’horizon 2014, de la ZAC (Zone d’aménagement concerté) du Mas de la cour-Bellevue, à Châteaubernard, qui doit s’étendre sur 40 ha, et osciller entre 100 000 et 150 000 m2, soit une ZAC « plus grande que celles des Montagnes, à Champniers », a souligné la société d’économie mixte Territoires Charente, choisie dans les deux projets comme aménageur du site.
En Angoumois, l’espoir Scot
Cette course aux mètres carrés va-t-elle finir par s’arrêter ? La CCI (Chambre de commerce et d’industrie) tire la sonnette d’alarme depuis plusieurs années, sans effet. Il ne faut pas espérer en tout cas que le coup de frein vienne de la CDAC, car depuis la réforme de 2008, son équilibre interne est modifié. Si elle comprenait auparavant six membres dont un représentant de la CCI, un de la Chambre de métiers et un des consommateurs, qui pouvaient faire contrepoids, aujourd’hui, elle comprend cinq élus et trois personnalités qualifiées choisies par le préfet.
Pour ce qui concerne l’Angoumois, toutefois, comme l’a souligné l’élu François Bonneau, lundi dernier, l’instauration du Schéma de cohérence territoriale (Scot) sur 37 communes devrait avoir une influence. Il a noté « une course contre la montre entre le désir de Champniers d’obtenir les autorisations et l’élaboration du Scot. Les conclusions du Scot [appliquées en 2003] seront très importantes sur le projet » d’extension de la zone des Montagnes.
(1) La surface commerciale, contrairement à la surface de vente, engloble certains espaces (stockage, etc.) qui ne sont pas consacrés à la vente.