
Maryse Dellac : « C’est sûr. On battra la droite au deuxième tour ». (Photo Philippe bataille/« sud ouest »)

Elue municipale à Auch, militante du Parti communiste français (PCF) depuis 1974, Maryse Dellac repart au combat politique. Elle avait déjà été candidate aux législatives en 2007, sur la deuxième circonscription. La voici en lice sur la première, sous la bannière du Front de gauche.

« Sud Ouest ». Est-ce que le fait d’être candidate du Front de gauche, et non plus du PCF, change quelque chose pour vous ?
Maryse Dellac. Non. Mais, ça permet d’élargir. La création du Front de gauche a créé une dynamique. On l’a vu aux européennes, aux cantonales, aux régionales. On le voit à nouveau aujourd’hui avec la campagne de Jean-Luc Mélenchon.
Avec l’effet « Bastille ? »
Oui, avec aussi 5 % des sondages en novembre et plus de 11 % aujourd’hui. Jean-Luc Mélenchon a un discours clair sur le partage des richesses, sur la finance, sur la vie des gens. Il répond à des attentes de propositions de ruptures. On est en train de gagner sur l’abstention. On ne peut pas nous soupçonner d’élargir sur les électeurs socialistes. Ils ont leur candidat. Je pense qu’on élargit sur les Verts peut-être, sur l’extrême gauche. En tout cas, c’est clair qu’on est dans une dynamique. 120 000 personnes à la Bastille, on n’y croyait pas. Il ne faut pas oublier qu’on attendait 30 000 personnes !
Vous espérez faire aussi bien à Toulouse le 5 avril ?
Au Capitole, on espère aussi créer l’événement. Du coup, pour nous, candidats aux législatives, l’intérêt est de porter haut et fort dès maintenant ce programme. Parce que les législatives vont arriver vite. L’impact de l’Assemblée nationale a reculé avec la façon d’exercer le pouvoir présidentiel de Nicolas Sarkozy. Il faut que le travail de l’Assemblée nationale, le travail des députés, retrouvent du crédit. D’où l’intérêt de la VIe République qu’on propose.
Est-ce Jean-Luc Mélenchon qui fait renaître l’espoir à gauche ?
Jean-Luc Mélenchon a du charis- me, il est très clair dans ses discours, il est très pédagogique. Ce que déclenche la campagne de Jean-Luc Mélenchon, c’est l’envie. L’envie de participer, l’envie d’en être. La bataille d’aujourd’hui correspond aussi à un ras-le-bol des gens. Il faut virer Sarkozy. Mais on ne donne pas un blanc-seing à celui est en face. C’est notre force. Au début de la campagne, c’était un duel Sarkozy-Hollande. On voit bien que ça évolue. J’aimerais bien que Mélenchon soit au deuxième tour. Mais je suis lucide.
Pour vous, la discipline républicaine ne fait aucun doute ?
C’est sûr. On battra la droite au deuxième tour. Mais la campagne du Front de gauche, c’est aussi participer à la construction d’une majorité à gauche. Au gouvernement et à l’Assemblée. Il ne faut jamais l’oublier. Plus, il y aura des députés du Front de gauche, plus ça pèsera sur la possibilité de mettre en place nos propositions.
Que répondez-vous aux accusations de populisme contre Jean-Luc Mélenchon ?
Pour moi, le populisme, ce n’est pas ça. C’est faire appel à des sentiments bien moins respectables. Jean-Luc Mélenchon a un parler vrai qui dérange, c’est clair, mais il s’adresse aux forces populaires, aux gens qui veulent que leur vie quotidienne change. Les gens sont en attente de propositions de rupture. Ça passe par l’augmentation des salaires, le pouvoir d’achat, la dette, la réindustrialisation, l’emploi, se dresser contre la finance, contre le pouvoir de l’argent. Ce qui s’est passé en 2008 a fait prendre conscience aux gens que, de l’argent, il y en avait en France, quand Nicolas Sarkozy a été capable de mettre 360 milliards sur la table pour renflouer les banques, alors que le discours c’était « les caisses sont vides ». De l’argent il y en a. La question c’est comment on le répartit.
Dans le Gers, quel rôle pouvez-vous jouer face à un candidat sortant socialiste fortement implanté ?
Philippe Martin est un député très présent, il défend le programme de François Hollande. On n’a pas tout à fait les mêmes propositions. En revanche, quand François Hollande parle de taxer les revenus supérieurs à 1 million d’euros, ça fait partie des propositions qui nous vont. Je pense que c’est la dynamique des propositions du Front de gauche qui fait qu’il y a des recalages. On est complémentaires. Je considère que le programme du Front de gauche est un programme vraiment à gauche, qui va changer la vie des gens.
Mais comment comptez-vous exister ?
En étant très claire. On retourne à la retraite à 60 ans à taux plein, on est contre le mécanisme européen de stabilité, on est pour le retour aux 35 heures partout alors que début février Nicolas Sarkozy a prévu une loi qui prévoit de renégocier le temps de travail dans les entreprises. On défend les services publics partout. En particulier dans le monde rural. Une école qui disparaît dans un village, c’est la mort assurée du village. On avait dans le Gers huit hôpitaux locaux. La mise en place de la loi Bachelot est en train de regrouper tous ces hôpitaux. Je considère que ce n’est pas bon pour les territoires, pour les patients.
Les entreprises du Gers rencontrent de grandes difficultés. Que comptez-vous faire ?
Cela passe par l’aide aux petites entreprises, par la fiscalité. Moins de charges sur les PME pour qu’elles puissent développer l’emploi, la formation. C’est aussi une politique agricole offensive, avec des prix rémunérateurs, des seuils maximum à la vente pour qu’il n’y ait pas une distorsion entre le producteur et les consommateurs. C’est aussi aider les jeunes agriculteurs à s’installer.
Et l’environnement ? Vous n’en parlez pas…
Mais tout est lié, c’est un ensemble. Dans le partage des richesses, dans une autre façon de maîtriser l’agriculture, l’économie, la vie, l’environnement s’y retrouve ! La malbouffe est un bon exemple. Elle est due au fait que les gens n’ont pas l’argent pour acheter des produits de qualité. On est en pleine contradiction. On est dans un département agricole qui produit des produits de qualité et les gens ne peuvent pas se les payer. Il y a des choses à remettre à l’endroit. Comme réhabiliter le parc social en faisant en sorte qu’il soit moins énergivore. Les gens auront envie d’y habiter et ils dépenseront moins d’énergie. C’est ça l’environnement.