
Yohann Lemariey (à gauche) et Renaud Pastorel (à droite) crient à l’injustice. (PHOTO PHILIPPE BATAILLE/«Sud Ouest »)
Son répondeur indique sobrement que le cabinet « sera fermé jusqu’à la fin de la semaine ». Mais le message est ancien. Il date de la semaine dernière. « Je n’ai pas eu envie de le réenregistrer. » Pas envie et pas le courage. Le 3 février dernier, le docteur Marie-Noëlle Rives a reçu comme un coup de bambou la décision du conseil national de l’Ordre des médecins. Elle est radiée définitivement, pour une histoire pour laquelle la justice l’avait déjà condamnée à huit mois de suspension en 2010.
Une peine assez dure à vivre

À l’époque, la justice lui reprochait rien que moins que la « contrebande de marchandise prohibée, mise en danger de la vie d’autrui et exercice illégal de la pharmacie ». Le docteur généraliste et homéopathe avait prescrit à ses patients des médicaments, des « modérateurs d’appétit », que seul un spécialiste, un endocrinologue, pouvait prescrire. Des médicaments en vente libre en Espagne et que ses patients étaient allés chercher avec une ordonnance qu’elle leur avait faite, ou bien qu’elle avait fait venir pour les leur rétrocéder.
Pour les « dépanner », avait-elle alors expliqué à la barre. La justice avait clairement conclu à la faute. La décision avait été lourde : huit mois de fermeture du cabinet.
Le 2 décembre 2010, le docteur Rives avait pu reprendre ses consultations. « Je pensais que ma dette était payée, que j’en étais quitte avec la justice. » Elle l’a pensé jusqu’à sa convocation, en décembre dernier, devant le conseil national de l’Ordre des médecins, à Paris. Son avocate toulousaine avait plaidé la confusion des peines, afin qu’une nouvelle sanction ne s’ajoute pas à la décision de justice. « Je leur ai dit que j’avais trouvé ma peine assez dure à vivre. » Mais le couperet est tombé à nouveau. Marie-Noëlle Rives a fait appel de la décision auprès du conseil d’État. Sans quoi, cette dernière devenait définitive. Sauf que l’appel, pour le moment, n’est pas suspensif. La radiation est donc effective. Un coup dur pour cette praticienne qui avait ouvert son cabinet à Auch en tant que médecin généraliste, en septembre 1982. Elle avait poursuivi ses études et avait décroché son diplôme d’homéopathe en 1986. Depuis, Marie-Noëlle Rives vit enfermée chez elle. Sans savoir de quoi son avenir sera fait.
Une lettre ouverte
La nouvelle s’est répandue dans sa clientèle. Et deux de ses patients, notamment, ont pris fait et cause pour elle. Renaud Pastorel et Yohann Lemariey l’ont même crié, dans un courrier qu’ils ont adressé à « Sud Ouest » et à l’Ordre des médecins, dans lequel ils annoncent faire une grève des soins.
Après cette radiation, qui intervient après la peine de 2010, ils se disent « profondément outrés, choqués », et parlent « d’acharnement administratif ». Ils prient le conseil national de l’Ordre des médecins de revoir sa décision. « A-t-elle engendré des décès ? Non. A-t-elle escroqué ses patients ? Non. A-t-elle commis des erreurs de diagnostic ? Non. A-t-elle fait de son mieux pour aider, traiter et soulager ses patients, selon le serment qu’elle a prêté ? Assurément », écrivent-ils dans un long et enflammé plaidoyer de deux pages. « Il serait également fâcheux de se priver d’un médecin aussi expérimenté et compétent que le docteur Rives à l’heure où le département du Gers en manque cruellement. Cela serait même ridicule », poursuivent les signataires.
Dans leur résidence auscitaine, les deux hommes n’envisagent pas d’autre solution que celle de la grève des soins : « Avec une pétition on ne sera pas entendus, là on aura plus de poids », assure Renaud Pastorel. Se faire entendre en mettant leur santé dans la balance. Renaud Pastorel souffre de carences en vitamines depuis l’opération gastrique qu’il a subie et durant laquelle on lui a ôté les trois quarts de l’estomac. Depuis hier, aucun des deux ne prend plus son traitement. Renaud Pastorel risque se trouver en anémie sans ses cachets. Yohann Lemariey est, lui, diabétique, insuffisant rénal et atteint du spina bifida.
« Le fait d’arrêter tout ce qui est insuline peut me faire tomber dans le coma en moins de deux jours, et cela peut aggraver mon insuffisance rénale », ajoute Yohann Lemariey. « Nous, on trouve qu’elle fait bien son travail, elle approfondit les soins. Si vous avez un rendez-vous chez le spécialiste le 20, elle vous appelle le 18 pour vous le rappeler, je ne connais pas beaucoup de médecins qui prennent le temps de faire cela », continue le jeune homme.
Yohann Lemariey prend le relais en expliquant que Marie-Noëlle Rives est la seule à l’avoir écouté et à l’avoir débarrassé de ses douleurs aux intestins qu’il traînait depuis l’adolescence et que tous les autres praticiens attribuaient à des causes psychosomatiques. Tous deux n’en démordent pas « c’est elle qui nous traitera et personne d’autre », martèlent-ils d’une même voix.
Contacté hier soir, le conseil de l’Ordre des médecins du Gers n’a pas souhaité s’exprimer.







